La polémique enfle autour de l’affaire Tabou

Entre la défense et le parquet

La polémique enfle autour de l’affaire Tabou

Accusations. Le collectif d’avocats pour la défense des détenus d’opinion a rendu public, avant-hier jeudi, un communiqué virulent qui exprime leur colère devant l’acte abject du juge Hamzaoui à l’encontre du détenu politique Karim Tabbou. Les avocats du collectif ont condamné vigoureusement le juge en question tout en précisant que son acte n’est pas isolé.

Les robes noires qui ont accompagné les détenus depuis le début de la révolution du sourire ont précisé que cet agissement « est l’image de l’instrumentalisation de la justice et son utilisation par le régime opaque à des fins criminelles. Il constitue en premier lieu une atteinte à la profession. Par cet acte, le système en place veut réduire notre corporation à un simple appendice de l’État ».

Les avocats n’ont pas hésité à réitérer leur « volonté à se mobiliser contre cette injustice flagrante qui a été commise au cours de l’audience du 24 mars 2020 ». Ils ont exigé, en termes clairs, la libération de tous les détenus du Hirak, surtout que le risque de propagation du COVID-19 dans les prisons est accru.

 « Nous appelons tous les avocats à nous rejoindre car l’heure est grave. Il s’agit de l’avenir de notre profession et de notre dignité », estiment-ils.

Par ailleurs, le Parquet général près la cour d’Alger a écarté jeudi l’atteinte du nommé Karim Tabbou d’un AVC (Accident vasculaire cérébral), et ce, suite aux examens médicaux approfondis auxquels il a été soumis à l’hôpital, a indiqué un communiqué du parquet.

« Contrairement aux informations relayées par certains médias concernant l’état de santé du dénommé Karim Tabbou, détenu à l’Etablissement pénitentiaire de Koléa, le Parquet général près la cour d’Alger informe que le prévenu en question a été soumis, les 25 et 26 mars, à des examens médicaux approfondis à l’Etablissement hospitalo-universitaire (EPH) Mustapha Pacha d’Alger », lit-t-on dans le communiqué.

« Trois professeurs en médecine (cardiologie, neurologie et radiologie) ont pris en charge M. Karim Tabbou, et ont écarté catégoriquement l’atteinte du détenu susnommé d’un AVC, et de tout ce qui pourraient en résulter comme complications », a précisé la même source, assurant que le concerné a été minutieusement examiné par les spécialistes et soumis à une batterie d’examens médicaux, notamment au scanner, IRM ainsi qu’à une échographie cardiaque.

Me Ali Moussaoui : « Le juge a tenu le procès sans le respect de la loi »  

Interrogé sur cette question Me. Ali Moussaoui avocat et, néanmoins, ayant une longue expérience au sein des organisations liées à la défense des droits de l’homme, estime que le procès du patron de l’UDS ne répond à aucune règle légale.

« Le juge du tribunal de Ruisseau en charge de cette affaire (affaire Tabou ndlr), a eu lieu sans aucun respect des lois en vigueur. Ils ont décidé qu’il ne quittera pas la prison comme prévu, jeudi 26 mars 2020 », déclare cet avocat à La Cité, tout en rappelant les circonstances dans lesquels a eu lieu « cette parodie de procès » suite à l’AVC qu’aurait contracté le prévenu et l’insistance de ses avocats avertis à la dernière minute, pour que K. Tabou soit présent à l’audience.

Le porte-parole de l’Union démocratique et sociale (UDS parti non agrée) se trouvait à l’infirmerie de la cour de Ruisseau (Alger) au moment de l’arrivée du collectif d’avocats constitués pour assurer sa défense.

Du côté des militants de cette formation politique, le ton est à la colère et bon nombre d’entre eux commencent à appeler à la fin du confinement imposé par la pandémie du COVID 19 qui n’a pas épargné notre pays.

D’autres activistes du « Hirak », appréhendent la fin du confinement général à l’œuvre depuis trois jours sur le territoire national, comme étant un retour à la case de départ ; celle d’un même et seul système qui a de tout temps prévalu dans le pays depuis 1962 à ce jour.

Pour rappel Karim Tabou est accusé d’avoir appelé les jeunes officiers à se révolter contre leur état-major du temps de feu du général Gaid Salah suite aux vagues d’arrestations qui ont été déclenchées lors des manifestations d’Alger.

L’état de santé de Tabou inquiète ses proches

Par ailleurs, l’état de santé du porte-parole de l’Union démocratique et sociale (UDS parti non agréé) ne rassure nullement sa famille et les militants de cette formation politique en attente depuis des années du quitus lui permettant d’avoir une existence politique légale.

En effet, selon des sources sûres, Karim Tabou en détention depuis septembre passé à la prison de Koléa, a été emmené dans la matinée de jeudi passé aux services cardiologiques du CHU Mutpaha ou il a subi une échographie cardiaque.

Les médecins traitant ont mentionné sur leur rapport que leur patient souffrait d’une paralysie faciale ne pouvant s’exprimer facilement en plus de sa jambe gauche qu’il traine vingt-quatre heures après son accident cardiovasculaire lors de son procès controversé du mercredi passé.

Un constat non divulgué pour le moment sauf auprès des membres de sa propre famille et de ses avocats qui lui ont rendu visite dans l’après-midi du jeudi passé après sa sortie de l’hôpital où il a été admis de 8h du matin jusqu’à 14h30mn.

Selon quelques-uns de ses proches au sein de son mouvement politique, Karim Tabou nécessitera dans les heures à venir une prise en charge particulière et en adéquation à ce genre de pathologie grave que seuls les spécialistes pourront en déterminer les détails.

Mais, malheureusement, ajoutent-ils, une fois rentré de l’hôpital Mustapha Bacha, l’ex-secrétaire du FFS du temps de feu Ait Ahmed, a été reconduit à sa cellule là où il a passé jeudi passé sa 196e journée en isolement.

Un traitement qui a provoqué l’ire de ses avocats qui craignent que le maintien de leur mandant en isolement risquerait d’aggraver son cas et provoquer l’irréparable.

Pour rappel, mercredi passé Karim Tabou a été condamné au niveau du tribunal de Ruisseau (Alger) à une année de prison ferme alors qu’il était en soin au niveau de l’infirmerie de la cour de justice suite à un malaise.

Un procès qui s’est déroulé sans la présence du collectif d’avocat constitué pour assurer sa défense.

C’est ce qui a soulevé la colère chez bon nombre de citoyens dont certains ont même appelé à briser la trêve à laquelle a appelé le « Hirak » à cause de l’apparition du COVID 19 dans le pays.

                                                           Boubekeur Amrani