Journal d’épi-demain

Par Mhamed Hassani*

Y en a qui ont mis en route un journal de confinement, notant dans le détail leurs périgrinations quotidiennes dans l’espace qu’on leur a alloué ou qu’ils se sont alloués.

Chacun redécouvre sa condition supposée dans une société confinatrice malgré son semblant d’ouverture sur l’autre.

Il parcours des yeux le cumul de sa vie en matériel inutil, en confort absurbe qui ne le protège de rien. Il parcourt à pied, en comptant les pas, son appartement qu’il a arraché par la force de ses relations même au bas de l’échelle sociale. Il s’amuse à diviser le nombre des années par le nombre de pas, trouve que  le rapport était ridicule. Chaque pas lui a couté tant d’années de labeur et beaucoup de misères morales.

Lui n’arrête pas de triturer les commandes du confort acquis, mais n’arrive pas à en sentir l’apport sur sa santé en sursie. Alors, il se lève et prend un verre d’alcool pour retrouver le confort qu’il s’était imaginé. Rien à voir, comme si le clown se donnait en spectacle devant une salle vide. Même pas un miroir !

Puis, y a ceux qui ont mis en route un journal de non-confinemment, notant les détails de l’évolution épidémique dans son rayon, mettant en relief les comparaisons pandémiques, alignant des chiffres que le temps traduira en courbe.

Y en a qui oublient que ces chiffres sont des êtres humains qui s’allongent chaque matin pour ne plus prendre leur petit déj en famille. Ilsservent des statistiques pour la postérité.

D’autres notent, pendant leur pause, l’effort qu’impose cette pandémie. Il note son envie d’être chez lui, à bercer ses chéris. Mais, quand il a  choisi ce métier, il savait ce qui l’attendait, entre bonheur et malheur, l’être humain ce déséquilibré, a toujours besoin d’être sauvé pour continuer son bonhomme de chemin. Il  note ce regard qu’il vient de réanimer. Une fierté profonde gonfle sa poitrine et le fait retourner dans la salle des urgences. Chaque vie mérite d’être sauvée, il n’est pas juge, il est médecin ou sapeur pompier.

Puis le poète s’insurge et confine son verbe de panurge pour libérer son esprit. Il a besoin d’espace en contrepartie de son économie de mots. Hier encore on le maudissait pour ses extravagances ; aujourd’hui on le caresse pour lui arracher un bon présage.

L’artiste se rétracte, ne sait s’il fait journal ou récital. Il opte pour un direct optimal, sur les réseaux sociaux, partagez sans rechigner ce nouveau régal pour les confinés du journal.

Prenez journal, confit ou pas, notez vos impressions, ça servira après pour en rire ou en pleurer ou simplement témoigner.

Mh H
*Ecrivain